Extrait n°2 de "TransPoésie Art Total"



Ce que pourrait être la Poétique
Ce qu'elle n'est pas
Ce qu'elle sera


    Les commentaires sur la Poésie n'ont jamais fait que l'empêtrer dans un salmigondis de considérations savantes autant qu'inutiles. La Poésie s'élance hors de cette cuisine, et sa foudre disperse l'indolence des masses ou le snobisme des intellectuels. Laissant le Texte a son silence déjà peuplé, et le Poète à son rêve de silence, je parlerai ici du CONTEXTE.



L'Ecrit et l'Ecrin

    Comment la Poésie rencontre-t-elle le Monde ? Qu'en est-il des conditions d'impression, d'émission et de médiation du poème, de ses supports de matérialisation et de diffusion, de sa présentation et de son offrande, de son amplification et de sa multiplication potentielle ?

    Les écrivains n'ont généralement guère investi ce plan médian de la rencontre (car l'œil du Poète est tourné vers la Nuit...). Mais les Marchands s'en occupent - et les voici, éditeurs, imprimeurs, diffuseurs et autres "réalisateurs", sans oublier la ribambelle des petits métiers, des artisans, des ouvriers, qui participent aux étapes intermédiaires. Parfois vrais amoureux, francs amateurs !

    Donc, pour exister dans le monde, le Texte passe moultes étapes dans la chaîne des responsabilités variées que se partagent décideurs et exécutants. Né d'un créateur solitaire, et nu, il devient le produit arrangé, calibré, habillé, qu'un consommateur achètera. A leurs tristes sorts, laissons ici les considérations réalistes d'ordre socio-économique, afin de mieux regarder l'ultra- réalité trans-poétique selon le point de vue quintessentiel de la création pure et de son amplification maxima.

    La Terre aujourd'hui est en phase transitoire. Les portes d'une nouvelle mutation sont déjà ouvertes. Et la parole poétique, parfois trop secrète, est restée en arrière cantonnée dans le livre de plus en plus mal diffusé d'ailleurs, à part quelques sporadiques essais sonores, graphiques et théâtraux, souvent cantonnés eux-mêmes dans des espaces limitatifs. Mais la parole de Poésie est elle-même comme toujours, et les conditions de sa diffusion n'altèrent en rien ce qu'elle est. Le Contexte seul est en cause : l'écrin n'est pas à la hauteur de l'écrit.

    Il y a carence dans les moyens de représentation ! Pourtant le passage de l'écriture à sa mise en page graphique ou sonore (principalement mais pas exclusivement) pourrait être re-considéré comme une potentialité majeure d'intensification, secondaire dans la chronologie donc dans les apparences aussi, mais fondamentale quand on a bien compris que pour tout Texte vient un Contexte complémentaire, couple uni dans une dialectique de création incontournable, immensément féconde.

    Voici la renaissance par la reconquête globale du Texte et du Contexte ! (Le mot de "Texte" symbolisant l'idée d'OEuvre - qu'elle soit peinture, musique, poésie, danse ou architecture, le principe est ici le même...). Tous les moyens imaginables sont mis à contribution. Afin d'assumer intégralement les conséquences fulgurantes de l'inspiration ! Afin d'offrir au Texte un Contexte de qualité semblable et adapté ! Afin de revivifier l'ensemble et de sertir la Parole au sein d'une mise en scène cosmique et au-delà ! Afin de rétablir un contact inspiré/inspirant, magique et religieux, entre le Poète et le Monde !

    Ces audacieuses perspectives sont parfaitement réalistes ! Elles s'ouvrent comme un évantail de possibilités infinies et non comme une nouvelle contrainte ou le dernier snobisme. Texte et Contexte s'épousent s'ils s'accordent essentiellement et s'ils se renforcent mutuellement : la Parole doit y gagner - en hauteur, en profondeur, en étendue et en intensité - ou rester dans le livre !

    La transformation nécessaire est radicale. Et premièrement le poète doit pouvoir contrôler jusqu'au bout le déploiement de son oeuvre. Le créateur est naturellement désigné pour l'orchestrer s'il le désire. Même si cela embête quelques Marchands pour lesquels il n'est aujourd'hui qu'un plus-à-gagner. Même si cela dérange quelques fins politiques pour lesquels il n'est devenu qu'un faire-valoir.

    Je ne parlerai pas de "la dignité du poète et du rôle sacré de la poésie"... parce que tout le monde s'en fout et que ces expressions sont mortes, ces mots sont creux. Je dis seulement que l'actuelle situation "sociale" du créateur, tout au plus considéré comme l'inventeur d'un produit dont la présentation et la diffusion lui échappent en très grande partie, cette situation pyramidale inversée doit être renversée et réinventée autrement.

    La hiérarchie naturellement arborescente suggère que le créateur d'une oeuvre en porte d'abord seul les clés, et qu'il peut en connaître à priori mieux que tout autre, par simple privilège intime, les subtiles possibilités de présentation, d'amplification et de multiplication de son oeuvre dans le Monde. Comme une mère connaît son enfant, même si elle n'est pas éducatrice diplômée ou psychologue spécialisée, car elle l'a senti avant tout autre, car il est de sa lignée, le fruit de sa chair conjuguée et de son âme complice - sang, souffles, lait, sperme et sueurs mêlés.

    Bien súr il existe des mères et des pères dévoyés, maladroits, infanticides même. Comme il existe des musiciens qui n'ont ni le sens acoustique, ni la conception orchestrale, ni l'intuition de l'ambiance... Mais le cas est rare ; et puis on ne remplace pas si aisément le lien organique naturel, la connivence non pas fortuite mais fondamentale. Impossible de contourner le fait mille fois vérifiable que l'enfant est globalement "accordé" à ses parents même s'ils sont en opposition (donc en "accord antagoniste").

    Quelles que soient leurs failles spécifiques, enfants et parents se structurent mutuellement. C'est la double loi d'évolution et d'inter-relations, par la Vie qui se réalise aux différents niveaux d'une lignée. De même, par le Texte et par son rapport au Contexte, l'écrivain se structure - le lecteur aussi - et l'écriture grandit. Quel immense résultat si le créateur investit poétiquement le Contexte avec la compréhension et l'appui du Collectif, comme il s'est investi individuellement à fond pour son Texte.

    Que les portes s'ouvrent grand pour la création ! Que le créateur se rend présent sur tous les fronts ! Qu'il déploie sa polyvalence, exprimant tous azimuts ! Car sa lumière provoque toutes les couleurs. Mais tous les génies savent cela d'instinct, l'authentique génie étant toujours "universel". Quant aux créateurs de second plan, ils sont le plus souvent au minimum très perspicaces dans leurs domaines.

    Les personnages intermédiaires que sont les éditeurs, imprimeurs, libraires, journalistes et autres commentateurs, présentateurs, etc, pourraient participer à la création du Contexte... En tous cas ils doivent se grouper autour du créateur en collaborant pour la réalisation publique terminale. Exactement comme les cordes, les percussions, les claviers, etc, trouvent unité et style, cohérence et transcendance, en se focalisant par le chef d'orchestre qui résume l'œuvre entière, selon la vision partageable du créateur, et la redonne. Exactement comme la sage-femme, le médecin, l'aide-soignante ou l'infirmière, etc, participent à l'accouchement sans pour cela voler le bébé.

    Mais cette "hiérarchie organique naturelle", sous l'impulsion initiale ardente du créateur, où les rôles restent toujours à leur place telles les couleurs ordonnées dans l'arc-en-ciel, ne doit pas empêcher la rotation potentielle des individus a ces différents rôles. Rotation qui est garante de souplesse et de libertés - dans la mesure des capacités de chacun, c'est-à-dire sans démagogie !




    Deuxièmement l'œuvre doit pouvoir être déployée comme l'entend le créateur. Les fâmeuses "lois du marché" ont à se mettre au service de cela, et toute personne qui a du flair et du coeur le comprendra. Les poètes lanceront des Stratégies Inspirées pour la transmission de la Poésie sur la Planète entière transformée rapidement en Boule de parole, beauté, puissance, art et joie, dans l'optique d'une regénération permanente.

    Les mauvais marchands - les requins/brigands - seront courtement évacués des lieux, car enfin traités pour ce qu'ils sont : indésirables maffias de faussaires pervertisseurs de la Parole publique et sacrée ! On en retrouvera quelques-uns en joueurs de bonneteau à manches longues, dans les quartiers touristiques. Les marchands intelligents et sensibles collaboreront à l'OEuvre, s'ils le désirent, au moins dans sa phase Contexte. Et cela les rapprochera des artistes dont ils deviendront les ajustateurs publics - au lieu d'être leurs pires ennemis comme c'est pratiquement le cas aujourd'hui.

    Le système actuel tourne en effet par le commerce, et la création n'en est pas le moteur ! Ce bizzness favorise les combinards, les opportunistes, les fils de famille, les petits malins et les grands relationnels. L'ardent, l'artiste, le pur, le sauvage, le visionnaire apatride, passionné/passionnant, en est pratiquement exclu car vivant, il fait dérailler la mécanique artificielle. Cet artificiel ne peut capter le surnaturel. Ce système est mauvais pour la création, l'artiste, le peuple : triplement décadent et triplement pervers - pour tous ! L'artifice trompe l'œil, l'Art doit ouvrir la vision.....

    Je sais pertinemment que le babillage des snobs et des ignares sera encore nombreux longtemps - brouillard et brouillage, bruyant ombrage. Je connais les structures sociales, syndicales, politiques, esthétiques et autres, qui, ne comprenant rien à mon propos mais sentant le danger, tenteront de l'opacifier en le déformant, comme ils me feraient barrage si quelque puissance me revenait. Mais plutôt que de nous lamenter sur la décadence, je préfère aller à la renaissance !



Une
fois
pour
toutes,
radicalement, absolument, totalement,
en finir avec la merdouille esthétique, le terrorisme du fric, l'idéologie des intentions politiques ou autres. La Poésie est à capacités illimitées. Le Monde est une page sur laquelle écrire le Poème à l'intention de tous. Après tout, le paysage n'appartient pas qu'aux affairistes immobiliers, aux destructeurs autophages et aux télé-commandeurs militaires et capitalistes, n'est-ce pas? Par conséquent, comme le roi Midas qui changeait tout en or, je préviens que tout argent qui passera à portée de ma main sera transformé par moi en Dits de Poésie, texte et contexte compris.

    Cependant... les moyens, me dira-t'on ? - II n'y en n'aura pas si personne ne bouge. Mais si l'idée se propage par contagion rapide on en trouvera vivement. Une société où les tableaux de Van Gogh se vendent plusieurs centaines de millions, pourrait financer mon projet, et bien d'autres, si elle le voulait : toute la question des moyens est là. Ce ne sont pas les idées qui manquent, c'est la volonté de débourser, et, surtout, c'est le champ libre : le champ des réalisations est obstrué par les parasites profiteurs à courte-vue, les professeurs d'idées empruntées aux novateurs des générations précédentes, et les snobs.

    Reprenons un instant le vieil exemple du budget des Armées. Par exemple la moitié des budgets militaires serait donnée, même pour un an seulement, aux Poètes. On imagine gaiement l'éclosion psychédélique entraînée par une telle décision. Bien entendu, l'autre moitié reviendrait aux Poétesses...

    Cet exemple demeure utopie, bien évidemment! Les hommes préfèrent se détruirent que recevoir les visions fulgurantes de la Poésie imprimée sur le paysage. Il est probable que l'imagination doive suppléer pour longtemps encore au manque de moyens. Mais l'imagination est un précieux Multiplicateur: et la transformation des maigres conditions présentes en gerbes créatrices a déjà commencé.


Pas de Texte sans Contexte

    C'est le momment de présenter ma notion de Contexte...

    Restons pour simplifier dans l'exemple de l'écriture (cependant tous les arts sont concernés : il suffira de leur appliquer des principes semblables et de développer la pratique). Ordinairement le Texte est imprimé sur un support, livre ou écran, ou bien il est lu par un comédien avec plus ou Moins d'effets (addition de musique le plus souvent), et parfois enregistré et diffusé. Les sens sollicités sont la vision, l'audition, trop bien encadrées en général. C'est pauvre. La Poésie n'est pourtant pas mesquine !

    Le Contexte amène une dimension nouvelle au Texte, dans mon idée. Déjà, il n'est pas un support de reproduction mais de multiplication qualitative: amplification tous azimuts et possibilité d'y révéler à plein la vie le Mystère profond du Texte. Et c'est à cela que je veux arriver, et qu'il s'agisse d'un Mystère que le public puisse sentir immédiatement et recevoir dans toutes les veines de sa sensibilité pour, à sa façon, y participer.

    Car la Poésie est morte pour le Public depuis qu'elle n'est plus mise en messe dans le décor inspiré/inspirant de la Nature et du Cosmos vivants. Voilà le Vrai Décor, la Première Cathédrale du Verbe! Les Temples profanes de la haute Technologie moderne ne sont cependant pas à détruire - car bien que Choses mortes, ils sont dans le Tout Vivant, et ils peuvent servir.

    Donc le Contexte ramènera le Public à la Poésie pour que le Public puisse entrer dans ce Contexte afin de recevoir cette parole, la Seule Parole non mercantile de notre société, à vrai dire, et il faut dire vrai. Et le Contexte joue le rôle "d'ailes porteuses" pour que le message prenne une autre altitude, une autre ampleur, et gagne le territoire du collectif.

    Or le Contexte existe déjà - ce n'est pas une invention nouvelle - puisque même un simple poème manuscrit est porté sur une feuille: dans cette condition minima le Contexte est la feuille de papier et tout ce qu'il y a autour... Je propose d'investir sciemment, savamment et follement la notion de Contexte afin d'en tirer toutes les conséquences possibles, car il est grand temps de sortir la Poésie d'un certain ghetto et de la rebaptiser à l'air libre et de la viridiser dans le feu de l'action !

    Trois axes principalement développent cette notion : l'amplification, l'hybridation et la transformation des matérialisations habituelles. Chacun de ces axes contient des capacités indéfinies d'opérativité... Mais il n'est pas toujours nécessaire de déployer toute une mise en scène grandiose car certains Textes s'accommodent parfaitement de l'intimité d'une lecture à voix haute et simple, ou de la confidentialité du livre qui passe de main en main.

    Répétons-le donc pour éviter de sombrer dans la grandiloquence obligée, le cirque, le spectacle sans fondement, la banalité des coutumes ou l'originalité à tous crins : la magie de la Poésie est rare et doit rester exceptionnelle comme sont exceptionnelles et rares la mort d'un proche, telle grande passion amoureuse, une éclipse de Soleil ou l'éruption d'un volcan... Toutes occasions précieuses fondamentalement susceptibles, de transformations radicales.

    L'extension simple des moyens habituels - qui va du poême sur affiches géantes à la lecture en salle publique - n'est plus, au XXème siècle, révolutionnaire, mais on peut toujours l'amplifier : du poème récité sur la Lune ou Mars bientôt au haîku sur calicot immense, en passant par le pétroglyphe poétique ou la récitation chuchotée-sifflée par des bergers basques disséminés dans une vallée...

    Les idées bondissent en tous sens, on arrive tout naturellement à l'hybridation des moyens courants avec d'autres moyens, d'autres techniques, d'autres supports - et voici le poème écrit au laser sur des nuages, le texte enregistré et diffusé sous l'eau, le sonnet holographique, le poême électronique, et ainsi de suite ; mais nous en sommes presque à une certaine représentation spectaculaire de la chose lue ou entendue, et ce n'est pas encore mon but qui n'est pas d'arriver au spectacle mais de partir du spectacle pour déployer la poésie du poème, Parole vivante et partagée. Feu tracé.

    Le principe simple d'extension amène une ampleur inédite, le principe complexe d'hybridation débouche sur un renouvellement de la densité et parfois de l'intensité, mais le principe subtil de transformation - qui s'appuie éventuellement sur l'amplification et l'hybridation - ira vers la transfiguration décisive du couple Texte/Contexte au profit non d'un abstrait poétique mais d'une incarnation de l'Esprit pour l'homme, parallèle à une spiritualisation de l'homme par la Poésie et pour l'Homme-Esprit.

    Je convie tout homme et toute femme à d'authentiques Cérémonies de Poésie ou l'idée même du spectaculaire sera bannie. Voici l'arrachement des pacotilles virtuelles et des masques de léthargie. Texte et Contexte liés, c'est un événement en puissance, une liturgie d'excellence qui retourne l'âme individuelle et revivifie le groupe. La voie vers une transfiguration poétique réelle... Autant dire que mes "Cérémonies" seront plus proches des rituels d'anthropophagie tribale par exemple, que de ce qu'on a compris jusqu'à présent par "spectacle-de-poésie" - qui banalement repose sur : conventionnel + artificiel = recette.

    Ici la Vie des formes, sonorités, lettres, signes, attitudes, etc, guide tout. Le Surnaturel rejoint l'Ordinaire dans un geste de grâce. Nature, Cosmos, techniques anciennes et modernes, forment la triade active, concrète, de l'opération. Le Poète s'occupe de cela et du reste.

    Autrefois, trouvères et troubadours rassemblaient les gens autour de géantes cheminées, d'ailleurs souvent circulaires, ou bien autour de búchers majestueux. Mais les cheminées ne sont plus, le feu est devenu abstrait, on se souvient du baiser des Muses comme d'une image charmante, irréelle...

    Et pourtant comme toujours la vraie Poésie ravive un Feu dans la vie. Le Poète naît des flammes et rappelle les brûlures du langage. O, Verbe incandescent. Esprit du décor et des mots ! J'allume la bougie qui réveille l'icône.

    Les Poètes antiques ont connus les arcanes sensoriels et l'art des cérémonies poétiques. Il paraît qu'au Moyen-Age coutume était de rajouter sur le brasier villageois certains sarments dont les odeurs sublimées par les flammes épanouissaient l'odorat des participants. Or l'odorat mène à l'ouïe. En choisissant telle essence de bois, donc telle odeur, on favorise l'écoute qui s'épanouit aussi, et la Voix qui s'élève, et l'ensemble crée une synergie qualitative : il y a là le souvenir d'une authentique Connaissance Magique de la physiologie humaine... Quant à l'icône peinte sur un bois - ondulé par les ans - les vacillements de la lueur et la qualité des matières (mèche dans l'huile, bois et pigments, métal-or et niche de pierre), éveillaient la vraie Magie qui amène les Choses à vivre, et la Présence au coeur de chacun...

Ces idées furent fécondes ! L'OEuvre est donnée, l'OEuvre est reçue. L'Art réellement transforme. On peut recycler dès maintenant l'art-gadget, l'art-caricature, l'art-distrait, l'art-superflu, l'art-bourgeois, l'art inutile, l'art utilitaire, l'art-flatterie, l'art-copie, l'art-mode, l'art-critique, l'art-truc, l'art troc, l'art-bidule... Car nous avons faim d'un Art véritable, authentiquement réalisateur et transmutatoire, vrai dans l'émotion donc capable de donner le Mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


    C'est sur de tels principes que se fondent mes Cérémonies Poétiques - et les majuscules ne sont pas de trop : il ne s'agit rien moins que d'une mise à contribution du Monde pour l'Essentiel d'une Intuition qui cherche à se réaliser.


    Parce que le Poète est mis en joue par le Destin, il sait mettre en jeu les éléments et les puissances, les parfums et les astres, les formes, les couleurs et la nuit, les sonorités et les archétypes, les gestes de l'espace et la signature unique de l'instant... Si le Texte est sobre - quelques mots sur une page - le Contexte peut se déployer somptueusement, mais toujours sous la loi de la Nécessité intime de l'OEuvre. Le Contexte accouche de la quintessence en prenant à bras-le-corps les matériaux de la Parole, du Lieu et du Moment. Et les gens seront touchés au coeur.

    Investir l'occasion est une oeuvre sacrée !


Libres exemples à l'air

(...Un livre repose au fond d'une grotte.
Le miroir vérifie la lumière des bougies
parmi les stalactites. Les pages délivrent
leurs messages. La foret des ombres dan-
santes inspire le lecteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'auteur attend quelques visiteurs. Un

 jeu de piste les renvoie d'un couloir à une salle, d'un lac souterrain à un dédale de galeries. Les visiteurs méditent à chaque étape l'énigme vibrante qui les oriente dans le labyrinthe de cette destinée. Au bout du chemin, la majesté de la rencontre offre le coeur de la Terre. Les étoiles et les mots brillent souterrainement dans la nuit du Parlant qui soudain se taira et disparaîtra.............................................)

 (. . . . . . . ...Minuit.
La place centrale d'une ville
est éteinte.
 Trottoirs et rues sont vides.
Une à une,
    toutes les fenêtres s'allument.
Sauf deux          où sont
- à peine visibles -
l'homme        et     la         femme
qui lanceront des vers abrupts
d'un poème psychédélique.
     Puis toutes les fenêtres
joueront une symphonie lumineuse,
colorée, avec apparition de signes
abstraits en contre-jour.. . . . .)

 (Au clair de terre
d'une fusée posée sur la Lune
sort un cosmonaute
qui lit avec l'émotion du moment
et toute la ferveur de l'univers
un conte mystique
- reprend la lecture du mêne texte
dans une autre langue, et ainsi de
suite dans les 64 principales
langues du Monde -
rentre dans son engin
et retourne chez lui,
sa mission terminée)
. . . . .

(... Quelque part dans les montagnes. Tandis que le soleil se couche, tous recherchent
du bois mort pour préparer un bûcher.
La Lune pleine baptise les arbres silencieusement,
Des Textes
avec toute la gamme des ressources vocales
alternent avec de purs Poèmes dits
en toute simplicité. Plus tard
la Lune rentre dans le cône
d'ombre de la Terre
et s'éclipse.
Les voix se sont tues.
Au plus sombre de l'éclipse, le bûcher est allumé.
Tous dansent, crient et tapent des mains...)

 (...
Célébration
du printemps
à l'aurore :
au creux d'une
falaise tournée
vers le levant,
on écoute des poésies
abstraites. Lecture au point
du jour. De temps à autre l'acteur
se rapproche de structures sonores variées
qui répercutent sa puissance inaugurale. Et l'écho
vibrant annonce la lumière qui monte, et la chaleur
progressive réveille la mémoire des hommes. Lorsque la Tête
solaire mord l'horizon, le dernier poème s'achève....................................)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . et caetera . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


    Je me souviens de la Sainte Baume, en 1990, une nuit d'été, après des contes et des contes entendus... la nuit finissait... un petit groupe de gens partait vers la montagne...
    Arrivés en haut, nous nous asseyâmes de-ci de-là, sur l'herbe neuve ou les rochers, tandis que l'un de nous sortait un saxophone... Je me souviens de l'instant pur, du long solo de l'instrument accordé au cri orangé du soleil montant sur l'horizon pierreux... Je me souviens de cet accord de la musique et du monde - ou du Texte et du Contexte - avec nous, en ce moment si naturel après tout, mais si rare, où tous nous étions un, et nus nous étions nous................................... ................................................................................... ..........................


    Je m'arrête pour rassembler les matériaux, ordonner la stratégie, épurer l'idée et donner l'essentiel... Bien qu'épars, ces quelques exemples hétéroclites suffisent comme ébauche pour imaginer la suite infinie des possibilités.

Fulgurance : fruit des Convergences

    II suffit en effet de considérer que la rencontre unique du Texte et du Contexte est le fruit d'une occasion unique où sont alignés le Créateur, le Fabriquant, l'Interprète, le Public et l'Ange de la Présence. Je parle d'occasions inouïes, réellement fécondes pour l'âme de chacun, d'accords nécessaires et sublimes et de formes créatrices programmées, déclinables à l'infini selon les imaginations et les circonstances, les nécessités et les grâces. Sans oublier les improvisations intimes, sous toutes leurs formes, ou les éclosions créatrices "privées", surgissant ici ou là, et qui sont une part - non programmée, non recensable, mais aussi non négligeable - des pratiques insolites, modernes, engagées ou dégagées, qui concourent à l'ensemble...

    Bien entendu les textes lus sont vraiment actuels !

    Les auteurs vivants, de près ou de loin, coordonnent la mise en page, en scène, en volume et en situation, de leurs écrits. Ils règlent - si besoin en collaboration - la mesure et la cadence, la forme, l'intensité et le sens de ces pures Messes de Poésie.

    Cependant, attention : l'art n'est pas un paquet à emballer. D'abord se raccorder à la Nécessité intime de l'oeuvre, qui gouverne tout. Savoir que l'auteur la connaît - en principe mieux que quiconque - et lui confier par conséquent la régence des réalisations poétiques, et peut-être aussi la gérance : voilà la première victoire à prendre sur la médiocrité.

    Enrôler à ce programme le commerce et l'argent, sélectionner soigneusement techniques et matériaux, gérer l'espace et le temps en choisissant le lieu et le moment.

    Offrir la Parole maintenant !

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    Renfermée dans le livre, la poésie est mourante. Prisonnière dans les circuits électroniques et les écrans récepteurs, elle est encore mourante. Les signes de poésie s'animent par souffles, son gestes, corps et lumières... L'essence invisible se déverse dans l'existence ordinaire. Réellement, la parole est délivrée/délivrante.

    Les maffias réactionnaires imposent encore leurs choix débiles et leurs stratégies intéressées. C'est le contrôle d'un univers de papier, un commerce de papier, des libraires et des bibliothèques de papier - ou de circuits électroniques à n'en plus finir.

    Pas un passant dans la rue ne peut citer le nom d'un poète vivant ! Mais celui-ci vit en Esprit - et Il vit PARTOUT.

    La spécialisation des mots est une maladie - celle des grosses Têtes Farcies de littérature fabriquée par opportunisme frauduleux, les trompeurs du Verbe, et les glaireux.

    La Société doit cesser de chercher et de juger les Poètes sur des dossiers, des combines, des associations, des relations, des prétextes fallacieux, des articles de journaux, des compte-rendus de gangs littéraires, des chuchotis tarés de salon.

    Mieux que les coureurs olympiques, les Poètes se passent la flamme sacrée - de main en main, de langue à oreille : souvent dans l'invisible, cependant la flamme est multipliée par l'intensité des vocations. Car ils se reconnaissent instantanément, au-delà des circonstances. Nul besoin de diplôme, de recommendation ni d'une quelconque présentation. Qui sait écrire sait lire, qui sait peindre sait voir, qui est musicien sait entendre !

    Le Poète connaît ce qu'il a à dire, et comment, où il n'est pas Poète.

    Et la pensée n'est pas dans les neurones, et la poésie ne gît pas dans les mots couchés sur une page à côté d'autres pages empilées.

    Que le Poète choisisse le Contexte qu'il sent accordé à son Texte ! Et qu'il le mette en oeuvre comme il l'entend, avec l'appui éventuel des autres acteurs de notre planète.

    Qu'il se donne à la Vie qui est une épouse - et non au Public qui est une putain - et qu'il s'exprime aussi bien par des improvisations spontanées au gré des hasards et des occasions quotidiennes.

    Qu'il écoute - pour dire - qu'il trace route - pour rire - et qu'on ne l'écoute pas lui mais qu'on entende la voix qui vibre, le son qui luit, le sens qui vit.

    Qu'il écoute - et qu'on l'entende - pour dire et rire - et qu'il trace route - et qu'on marche avec lui, non pas devant ni avant - mais avec.

    Alors la Poésie sera "écrite" par tous et vécue chacun à sa place, elle sera vécue pour tous, imprimée par tous, et reconnue sans décalage partout sur l'instant : dans le présent et dans la présence.

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    Passant prodigieux encore déchiré aux miroirs des médias, tu n'entendras plus les mots des morts truqués par les faussaires, mais seras fécondé par la parole réalisée.

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    Les poètes créeront - s'ils le désirent - des ragas de poésie en coopérant avec Nature vivante et Cosmos pensant. Et le peuple réagira car il sera touché directement, les bizzness parasitaires et les commentaires d'oiseaux de proie ayant été supprimés. Totalement.

    Tout un Monde prêt d'éclore à la fécondité inspirée, sybilline, visionnaire... Car la Poésie - danse, peinture, musique, architecture... - sonnera les moments cardinaux. Et elle en créera d'autres, des moments de grâce oblique ; agissante, quintessentielle et profusante...


    Elle sera là, muse féconde, ruse et fusée de surprises, mais en avant : à la proue du vaisseau, l'oeil-de-feu de la chose publique et partagée

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Marin de CHARETTE
le frappé du Verbe,
en 1993.