Extrait de "Asturgie/Onirie"



      Plusieurs de mes rêves parlèrent d'Asturgie...

      C'est ainsi que me fut signalée l'importance de deux dates en relation directe avec elle. La nuit où cela vint, je ne rêvait de rien d'autre et nulle fantasmagorie, nulle image, nulle silhouette, nulle rumeur nocturne n'accompagna cette simple indication que l'Asturgie est particulièrement reliée à ces deux dates, sans précision d'année : les 2 et 8 juillet.

      Cette information arriva en songe au matin d'un 4 Octobre. Je remarquai donc l'angulation fantôme de quatre-vingt dix degrés, alors formée par la position solaire ce matin-là (10,5 ) et la position moyenne du Soleil un 2 Juillet d'une quelconque année (10-11)...

      Avec la position solaire moyenne un 8 Juillet (16), cela dessine un singulier angle de vision sur le Zodiaque, tel un regard porté sur six degrés environ ou six jours aurifiés, à partir d'une fente - véritable " meurtrière spirituelle " - creusée dans la nuit du 3 au 4 Octobre 1983, lors de l'entrée annuelle dans le second décan de la Balance.


      Par la suite, j'imaginai quelques prolongements. Tel un amoureux qui, pour tromper son attente, se représente l'aimée en la féerie de ses atouts, déjà présente partout où la pénombre est disponible, tapissant ainsi, par son attention, le chemin de sa venue. Ou bien encore, tel un musicien attentif aux harmoniques, établissant la cathédrale sonore de ses enchantements. La croix saisonnière et solaire fut le pivot de mes rêveries.

      Ainsi tissai-je ce panorama :


PROFILS DE L'HOMME SANS FACE


      ..........J'ai posé mes ancêtä totémiques à chacun des douze degrés cristallins de ce Zodiaque inédit. A présent j'obtiens l'alliance d'une nouvelle famille spirituelle, sous la forme idoine de ces entrelacs para-temporaux. Ce treillis zodiacal dessine un véritable mandala d'Apprivoisement (non plus seulement selon la perspective historique linéaire du temps, comme le propage l'ancestral arbre généalogique pétrifié dans le souvenir des cimetières), valable en perpétuité, pour moi et les miens, telle une arborescence subtile des hiérarchies infrastructurellement sous-jacentes à ma vie, à mes amours-enfants, à mes totems protecteurs ; telle une mise en œuvre de la Silencieuse Présence agissante par ses messagers en mon parcours, parle nombre et les coïncidences de calendriers ou de rencontres ; comme douze points modaux semés annuellement autour du double bandeau tropical/sidéral et desquels surgissent de surprenants clins d'yeux du Destin : signes de piste et sourires dans l'épaisse opacité des temps, ces regards angulés convergent eux-mêmes vers le centre secret, treizième, qui les rassemble et les purifie par ce feu muet dont je pressens l'ultime importance, la formidable capacité de sens, et en quoi j'ai déjà tout donné - car tout est déjà accompli en réalité - comme en l'extrême clairière, l'ultime oasis de toute vie.

      Moi, l'Homme Sans Face, qui seul a la vision panoramique et aura pour révélation de dépasser encore ces miroitements relationnels nouveaux - cependant provisoires...


      Par ces dates surgissent les six couples royaux de mon atlantide intime, douze flammes de ma couronne de scorpion, douze cactus phosphorescents : ciselures de mon berceau d'étoiles.

      Ces douze flammes sont lames douces en moi, acier bleui, mémoire-lumière...

      Ces douze cactus sont mes totems phosphorescents, douze forces alliées dans la nuit...

      Ces Douze Royaux - six reines, six rois - sont mes joyaux par devers moi...

         Voici leurs noms :

            Merek le Jaune
            Orpsalie

            Talamie qui-est-du-soir
            et le brillant Yrrdaloc

            Malbouko le nonchalant
            avec sa compagne Dée Vesprée

      Tous les six : des silhouettes lapidaire aux cils irisés de l'imaginaire. Tous frères et sœurs à l'heure même où conversent les femmes. Tous alliés dans l'ombre que le feu ne dévore...

         Et les autres :

            Plus Foudre Que et Celle De l'Os, tous deux liés par
            les serments des liturgies élémentaires

            la Star et le Roi Pourpre, tous deux ruisselants d'élec-
            tricité et de merveilles onglées aux algues-fées

            Pierre De Sang et Double Vent Des Mûres, tous deux
            distants, tous deux également tatoués par la destruc-
            tion des Oiseaux Sonores.

      Tous les six : derviches aveuglément par une lucidité sans yeux - danseurs vrillés à la chair des vents - tous alliés d'instinct au souvenir que les années ne peuvent altérer.


      Par téléidoscopie intuitive, j'ai osé construire la chronique de cette rose astrale. L'imagination est montée en moi comme une sève de vérité. La brillante beauté des silhouettes rejoint les ombres chinoises, fiançailles terribles ! Les pétales de la vision s'inclinent autour des équinoxes et des solstices...

      Pourtant, dresser le thème d'un rêve ne justifie rien non plus. Ce serait la naissance d'une aurore boréale. Ou la furieuse salive d'un rutilant orage. Ou bien la vitesse ombrageuse de l'étoile filante, comparée à celle des oiseaux migrants dans la vastitude bleue. Autopsie d'un autre rêve sur les écailles des dormeurs...

      Pourtant Onirie et Asturgie s'épaulent réciproquement et s'ensemencent l'une l'autre ; et le compost céleste y prépare un terrain de langage propice aux espaces de poésie.

      Ainsi dresser le thème d'un rêve n'est pas une redondance ni une façon décalée de revivre ce rêve : car un instant vécu ne revient jamais et jamais ne se répète ( l'Unique ne peut se robotiser...). Mais dresser en l'occurrence le Thème, c'est construire un théâtre sur un autre théâtre, au sein de la Vie du Vivant, par le langage universel des astres en ce qui se retrouve le fil unique de la trame bariolée des mouvances oniriques tout autant que des choses quotidiennes. Pour Astorga en Compostelle, mon départ s'élance à l'aube aiguë des réminiscences d'Onirie, à l'instant fatal des grandes réconciliations.

      Bâtir un théâtre sur un autre théâtre, c'est, pour moi, évoquer en une seule formule de quelle nature ambiguë est la réalité manifestée, tant sur les pavés quotidiens qu'au long des plaines oniriques. Le poids des personnages et des décors est de peu d'importance en regard à l'intensité de la conscience. Les valeurs ne se mesurent ni au poids ni à la taille - ni à l'épaisseur des masques. En réalité, elles ne se comptent point : elles s'éprouvent ! Mais la sensation suraiguë de l'ambiguïté est une faiblesse de l'esprit. Qu'un ciel étoilé nous rappelle seulement la profondeur du Vivant - et nous marcherons comme un seul homme !